TRACKLIST

  1. Katjusa
  2. Escape
  3. Cumulus
  4. Into Fiery Haze
  5. Magla
  6. Opium
  7. Nista


Zagrob - Zagrob

(CD-R mini-album, Self-Released, 2006)
Self-released in 2006 as free download
7 tracks 27:20 min.


Guts of darkness

Zagrob est un disque des années 1900. C'est une femme-oiseau dans sa cage, se balançant sur son trapèze, alors que les vitres absentes du pavillon laissent entrer une chaude pluie d'été et que l'ombre d'un navire titanesque recouvre progressivement le ciel. Les superstructures métalliques, tirant plus sur le bronze et le fer que sur l'ocre des photos sépia, rappellent l'architecture d'Eiffel à l'Exposition Universelle.

Il y a aussi le doré des reflets en spirale de l'absinthe, et la proximité des corps, les sourires évocateurs des danseurs dans la chaleur, dans un des cafés miteux de ce même été languissant. A placer Zagrob sur une carte, on planterait l'aiguille à côté de Paris, de Zagreb et dans une époque indéfinie, dont on ne connaît que la température à l'ombre des arbres et le chant des oiseaux à la rupture entre après-midi et crépuscule.

La fantaisie légère et les ornements somptueux collisionnent une tragique folie des grandeurs industrielle, pas si éloignée de la Moloch-Maschine de Lang, mais ici grinçant sourdement, rampant par à-coups des rythmes lents et cycliques plutôt que d'engloutir les masses dans un four hurlant : ce serait un Pimentola à la palette de nuances plus profonde et resserrée, rien d'étonnant lorsque l'on considère l'influence de Novy Svet sur les deux projets, pas plus surprenant si l'on pense à leur subséquente orientation musique concrète, largement plus prononcée dans les intrications délicates et émotionnelles du Croate, ou même à noter l'utilisation du theremin et le son des accords électriques perdus dans une brume poussiéreuse ; les arrangements classiques sont d'une délicatesse aussi stupéfiante que leur poésie - cette femme-oiseau qui va et vient et dont on remarque à peine le passage vers la voix distordue de l'auteur du projet.

On eût tellement aimé que Paris ressemble au Zagreb de Zagrob, mais il s'y trouve encore bien plus, ce brassage profondément européen des histoires et des cultures, des influences exotiques, mysticisme tragique et excès amoureux, cette beauté transcendante dans le désespoir - ou sont-ce la rouille et la poussière qui en dégradent la splendeur surannée ? - et le déchirement des guerres aux fronts qu'on dirait mouvants au gré de la marée, que l'on n'entend guère que par échos lointains et on-dits... Nostalgie, passé et présent; avenir, si l'on tourne son regard vers ce qui arrive de ces Balkans, absinthe, encore, une nuit étoilée comme un ciel de Van Gogh, un monstre de métal, une romance...

-by Guts of Darkness


Beyond the noise

Zagrob c'est un peu comme aller dans un cabaret à l'époque de Jack l'Eventreur. Tout y est d'un rare raffinement, des instrumentations aux textures sonores, le choix des instruments samplés, des mélodies et l'enchainement du tout. On se sent en terre conquise, ambiance voluptueuse, apaisée et délicieuse, au gré des volutes de fumée (escape). Bien entendu, elles sont épaisses celles-ci.

Elles troublent le tout, obscurcissent les bords et nous empêchent de distinguer la totalité du décor (Cumulus). Parce que dans les chiottes, ta petite amie se fait étrangler, pendant que tu savoures ce doux spectacle et notre amie Jack y laisse son prénom de pute de l'est aux lettres rouges sang sur le mur. Pendant ce temps tu restes assis là, délicieusement installé dans un bien être aveugle.

Rien ne pourra te faire bouger, pas même quelques relents agressifs et âpres plus distordus (into fiery Haze). Tout est glauque à deux centimètres de toi, moche, sale, répugnant, de cet édenté qui te sourit (Magla) en se grattant les couilles envahies de morpions à toutes ces maladies qui se répartissent au gré de la distribution d'amour. Pourtant, cela reste confortable, délicieusement propre et le voyage reste entier. Et cet artwork alors…

-by Beyond the Noise